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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 18:58
Première preuve de reproduction d’Ophiogomphus cecilia en Champagne-Ardenne en 2015

Dans le cadre de suivis odonatologiques pluriannuels réalisés au sein de la vallée de la Seine en Seine-et-Marne (77) et dans l’Aube (10), région naturelle de la Bassée, plusieurs milliers d’exuvies ont été récoltées durant ces 3 dernières années (2013-2015) notamment sur le cours principal de la Seine. Plusieurs espèces à enjeu étaient particulièrement recherchées : la Cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii), la Grande Aeschne (Aeshna grandis), l’Aeschne paisible (Boyeria irene)… Un ramassage exhaustif d’exuvies d’odonates a été effectué sur des tronçons de Seine identifiés comme favorables aux espèces précédentes. La période de ramassage est ajustée à la phénologie locale de ces espèces. Depuis 2013, deux sessions de récolte sont ainsi réalisées annuellement en juin et juillet.

Alors que nous identifions et dénombrions les exuvies prélevées sur des tronçons de Seine localisés en aval de Nogent-sur-Seine, nous avons eu l’heureuse surprise de déterminer deux exuvies de Gomphe serpentin (Ophiogomphus cecilia). L’identification a en outre été confirmée par plusieurs autres odonatologues dont Chr. Brochard et J.-L. Lambert.

Les deux exemplaires ont été récoltés au niveau des boucles de la Seine « sauvage » (non navigable) sur les communes de Le Mériot et La Motte-Tilly, respectivement les 19 juin et 7 juillet 2015. Elles ont été découvertes à environ 2 kilomètres l’une de l’autre.

Ce tronçon, situé entre Nogent-sur-Seine (10) et Villiers-sur-Seine (77), constitue le cours naturel de la Seine. Il est notamment caractérisé par sa non-navigabilité, son méandrage et sa dynamique fluviale préservée. Ce secteur offre ainsi des habitats favorables pour la reproduction (ponte, développement larvaire, émergence et dispersion des imagos) des libellules des milieux lotiques.

Les deux faciès de berges illustrés ci-dessus constituent les habitats optimaux d’émergence pour la Cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii) ainsi que pour de nombreux gomphes dont le Gomphe vulgaire (Gomphus vulgatissimus), le Gomphe gentil (Gomphus pulchellus), le Gomphe semblable (Gomphus simillimus), l’Onychogomphe à pinces (Onychogomphus forcipatus) et très récemment le Gomphe serpentin (Ophiogomphus cecilia). Sur ces tronçons, le fond du lit mineur est majoritairement sablo-graveleux. Localement, la Seine est encore peu anthropisée. Les berges restent « mobiles », montrant des profils tantôt abruptes avec des systèmes racinaires riches et à nu tantôt plus doux avec une végétation herbacée à arbustive dense offrant de nombreux supports d’émergences.

A l’échelle nationale, le Gomphe serpentin était jusqu’alors principalement distribué sur les bassins de la Loire et du Rhin. La Seine constitue un nouveau territoire colonisé par l’espèce. Cette découverte intervient dans un fort contexte de suspicions locales (plusieurs mentions dans des relevés IBGN mais espèce non confirmée - lien)

Rappelons que le Gomphe serpentin est protégé en France d’après l’arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des insectes protégés sur le territoire. Il fait par ailleurs partie des espèces inscrites à l’annexe II de la directive « Habitats » signifiant que la conservation de ses populations nécessite la désignation de Zones Spéciales de Conservation (ZSC). En outre, il est considéré « en danger » à l’échelle nationale et fait partie des 18 espèces inscrites au Plan National d’Action (Dupont, 2010).

Compte tenu des dates d’investigations axées sur le pic d’émergence de la Cordulie à corps fin, légèrement plus précoce que le Gomphe serpentin, et de la pression d’échantillonnage faible (2 passages localisés sur des tronçons précis), il est difficile d’évaluer les populations locales du gomphe. Des recherches spécifiques couvrant l’ensemble de la période d’émergence de l’espèce sont d’ores et déjà prévues les prochaines années afin d’évaluer plus finement l’état de conservation des populations locales.

S. Siblet & N. Flamant.

Ecosphère

Première preuve de reproduction d’Ophiogomphus cecilia en Champagne-Ardenne en 2015
Première preuve de reproduction d’Ophiogomphus cecilia en Champagne-Ardenne en 2015
Première preuve de reproduction d’Ophiogomphus cecilia en Champagne-Ardenne en 2015

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Published by odonates-champagne-ardenne - dans Observations odonatologiques

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